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LE « TREMPLIN À AUTOBUS » | Quand Bordeaux inventait la multimodalité dès les années 1980

Christian Franceries inventeur bordelais du système Gertrude

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Aujourd’hui, la priorité aux bus, aux tramways ou aux véhicules de secours aux carrefours paraît évidente. Pourtant, il y a plus de quarante ans, cette idée était encore révolutionnaire.

Et c’est à Bordeaux qu’elle a vu le jour.

Une innovation née pour fluidifier la circulation

À la fin des années 1970, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB), sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, lance un projet ambitieux : améliorer durablement la circulation dans l’agglomération.

La mission est confiée à Christian Franceries, ingénieur du service électromécanique de la CUB.

De cette initiative naît GERTRUDE SAEM (Gestion Électronique de Régulation du Trafic Routier Urbain Défiant les Embouteillages), un système de gestion du trafic alors totalement inédit en France.

L’objectif initial est simple : réduire les embouteillages et améliorer la fluidité du trafic automobile grâce à des innovations comme :

  • la régulation dynamique des feux tricolores ;
  • les Zones de Fluidité Entretenue ;
  • l’onde verte coordonnée sur les grands axes.

Pour l’époque, ces concepts constituent une véritable rupture technologique.

Du trafic automobile aux transports collectifs

Très rapidement, une nouvelle question émerge :

Si l’on sait donner de la fluidité aux voitures, pourquoi ne pas offrir un avantage aux transports publics ?

La réponse prend la forme d’un dispositif novateur : le « tremplin à autobus ».

Le principe est simple mais particulièrement efficace. Lorsqu’un bus approche d’un carrefour, le système le détecte et adapte le cycle du feu afin de lui permettre de franchir l’intersection avec un minimum d’attente, tout en préservant l’équilibre global de la circulation.

Aujourd’hui appelée « priorité aux transports collectifs », cette fonctionnalité était alors pionnière.

À une époque où la voiture domine largement les politiques de déplacement, Bordeaux fait le choix d’accorder un avantage opérationnel aux transports publics afin d’améliorer leur régularité et leur attractivité.

Une vision qui a traversé les décennies

Les années ont passé, les infrastructures ont évolué, les équipes et les exécutifs se sont succédé, mais la philosophie d’origine demeure : considérer la mobilité comme un système global où plusieurs modes de déplacement doivent cohabiter efficacement.

Le principe imaginé pour les bus dans les années 1980 s’est progressivement étendu à d’autres usagers de l’espace public :

  • véhicules de secours ;
  • tramways ;
  • bus express et BHNS ;
  • cyclistes ;
  • piétons ;
  • circulation automobile.

Chaque carrefour devient alors un point d’arbitrage intelligent capable de prendre en compte simultanément plusieurs besoins de déplacement.

Bordeaux, laboratoire de la mobilité multimodale

Avec le développement des lignes de bus express, du réseau de tramway, du vélo et du futur RER métropolitain, la métropole bordelaise poursuit aujourd’hui la transformation engagée il y a plusieurs décennies.

La mobilité moderne ne consiste plus à favoriser un mode de transport unique, mais à organiser leur complémentarité.

Dans cette logique, les systèmes de régulation du trafic jouent un rôle essentiel : quelques secondes gagnées pour un bus peuvent améliorer la ponctualité de milliers de voyageurs ; une meilleure coordination des feux peut fluidifier l’ensemble du réseau urbain.

L’histoire du « tremplin à bus » rappelle ainsi qu’une innovation locale, imaginée pour répondre à un besoin concret, peut devenir l’une des bases de la mobilité multimodale contemporaine.

Une innovation bordelaise toujours d’actualité

De l’onde verte des années 1970 à la priorité aux transports collectifs, des premiers carrefours régulés aux réseaux multimodaux actuels, Bordeaux a souvent été un territoire d’expérimentation et d’innovation dans le domaine des déplacements urbains.

Le « tremplin à bus » en est l’un des exemples les plus emblématiques.

Une idée simple, conçue localement, qui a contribué à façonner la manière dont les villes organisent aujourd’hui la circulation de millions d’usagers.